L'enfant prodige de Bakou

Qui fréquente un club d'échecs au Québec ou ailleurs au Canada a presque toujours analysé, un jour ou l'autre, une partie de Kasparov. Garry Kimovich Kasparov naît le 13 avril 1963 à Bakou, en République soviétique d'Azerbaïdjan. Son père, Kim Weinstein, meurt quand Garry a 7 ans. Sa mère, Klara Shagenovna, mesure le talent exceptionnel de son fils le jour où elle découvre qu'il a résolu seul un problème d'échecs que ses parents venaient de lui soumettre pour éprouver sa logique. Elle consacre dès lors toute son énergie à le mener vers ce destin.

Kasparov entre à l'école de Mikhaïl Botvinnik, ancien champion du monde, qui deviendra son mentor déterminant. Botvinnik lui inculque une rigueur d'analyse hors du commun, une préparation d'ouverture encyclopédique et un esprit de combat sans relâche. À 16 ans, Kasparov est reconnu comme le joueur le plus prometteur de l'Union soviétique.

L'ascension et le conflit avec Karpov

Entre 1984 et 1985, Kasparov dispute deux matchs légendaires contre Anatoly Karpov, tenant du titre. Le premier, interrompu par la FIDE après 48 parties sans vainqueur déclaré (Karpov menait alors 5-3), demeure l'un des épisodes les plus controversés de l'histoire des échecs. Kasparov remontait de façon spectaculaire, et plusieurs soupçonnent la FIDE d'avoir arrêté le match pour sauver Karpov.

Au second match, en 1985, Kasparov l'emporte 13–11 et devient, à 22 ans, le plus jeune champion du monde de l'histoire. Il défend ensuite son titre trois fois contre Karpov dans des matchs retentissants — victoires en 1986 et en 1990, nulle de 12–12 en 1987 (titre conservé) —, chaque fois dans des conditions différentes et au terme de luttes épiques.

Le rival éternel : Kasparov et Karpov ont disputé 5 matchs pour le titre mondial entre 1984 et 1990, soit 144 parties officielles au total. C'est la plus grande rivalité de l'histoire des échecs, qui opposait deux styles radicalement contraires : le jeu combinatoire et explosif de Kasparov face au jeu positionnel d'une précision extrême de Karpov.

Un style révolutionnaire

Ce qui distingue Kasparov de tous ses prédécesseurs, c'est la synthèse qu'il réalise entre les styles antagonistes qui avaient dominé les décennies précédentes. Fischer était universel mais solitaire, Karpov positionnel et implacable; Kasparov, lui, réunit tout cela : une préparation d'ouverture pharaonique, une imagination tactique digne de Tal et un instinct positionnel proche de celui de Karpov.

Ses parties en défense sicilienne, variante Najdorf (1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6), représentent peut-être le sommet de la préparation d'ouverture humaine. Il a passé des milliers d'heures à fouiller ces positions et sortait régulièrement des nouveautés qui jetaient ses adversaires hors de leur théorie dès le 20e ou le 25e coup.

Deep Blue : la bataille de l'humanité

En 1996 et en 1997, Kasparov affronte Deep Blue, le superordinateur d'IBM. Ces deux matchs marquent un tournant de civilisation, et pas seulement aux échecs. En 1996, Kasparov gagne 4–2, avec trois victoires, mais il concède une défaite historique : la première d'un champion du monde devant un ordinateur en conditions de tournoi.

La polémique éclate aussitôt. Kasparov accuse IBM d'avoir bénéficié d'une aide humaine et d'avoir joué certains coups impossibles pour un ordinateur de 1997. Sur le moment, IBM refuse de lui remettre les journaux de la machine (publiés plus tard) et démantèle Deep Blue peu après. La vérité complète n'a jamais été établie. Pour une analyse approfondie du rôle de l'IA aux échecs, consultez notre article sur l'intelligence artificielle et les échecs.

« Les échecs sont une torture mentale. » — Garry Kasparov

L'après-carrière : enseignement, analyse, politique

En 2005, Kasparov annonce qu'il prend sa retraite des compétitions d'échecs. Il avait occupé le premier rang mondial presque sans interruption depuis 1984, soit plus de 20 ans, un record absolu. Sa cote de 2851, établie en 1999, est restée le sommet historique jusqu'à ce que Magnus Carlsen la dépasse en 2013.

Kasparov se tourne ensuite vers la politique russe. Fondateur du Front civique uni (Obyedinyonny Grazhdansky Front), il s'oppose ouvertement à Vladimir Poutine et devient l'une des voix de l'opposition les plus connues à l'étranger. Ses prises de position lui valent des menaces et des difficultés en Russie. Il obtient la citoyenneté croate en 2014 et se réinstalle en Occident.

Kasparov, éducateur et penseur

Ses livres — notamment How Life Imitates Chess et Deep Thinking — font de lui bien plus qu'un champion : un penseur qui voit dans les échecs une métaphore de la prise de décision stratégique en général. Il donne des conférences devant des entreprises du Fortune 500, des universités et des gouvernements.

Sa contribution pédagogique est immense. La Kasparov Chess Foundation a initié de nombreux enfants aux échecs, aux États-Unis, en Afrique et en Amérique latine, en insistant sur les bienfaits du jeu pour l'attention, la pensée logique et la gestion des émotions en situation de pression.

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Palmarès et records

Titre / recordDétail
Champion du monde1985–2000 (5 fois défenseur du titre)
Cote Elo FIDE maximale2851 (1999, record jusqu'en 2013)
N° 1 mondial255 mois au total, de 1984 à 2005 (record)
Tournois majeurs9 victoires à Linares, 3 à Wijk aan Zee
Parties disputées+2 500 parties de haut niveau analysées

Kasparov demeure la référence de quiconque s'intéresse sérieusement aux échecs modernes, des tournois de la Fédération québécoise des échecs (FQE) jusqu'aux événements de la Chess Federation of Canada. Pour comprendre ce qui le rendait unique, étudiez la défense sicilienne, qu'il a portée à son sommet, puis voyez comment l'intelligence artificielle a poursuivi sur la voie qu'il a ouverte.